Par Lucie Boulay, comédienne
"Jeudi 28 avril 2005. Premier matin à Gaza. Je suis donc au centre du monde. Je suis là d'où on voit quasi chaque jour des images au journal de 20 heures. C'est un peu comme pour le paradis, c'est un endroit que je croyais mythique, tellement on en parle, on l'imagine…Comme l'enfer, aussi. Pourtant, ce lieu là, il existe. Aujourd'hui, j'y mets les pieds. Mes pieds et ceux de toute l'équipe des "Clowns sans frontières". On est 8, à être partis en Palestine pendant 15 jours, pour jouer 2 fois par jour pour les enfants victimes de la guerre Israélo-palestinienne." (Extrait du journal de bord)
Ce "voyage" très spécial en Palestine, à Jérusalem et dans la bande de Gaza, nous rappelle aux essentiels, du spectacle et de la vie. Comment et pourquoi a-t-on envie de faire du cirque ? Rentrés en France, l'évidence est là : le voyage a touché et révélé une part profonde et fondamentale de nos êtres, il est indispensable de "faire quelque chose" à la mesure de nos moyens, la nécessité de créer un spectacle se fait sentir avec force. Nous décidons de créer un spectacle avec ces mêmes essentiels revisités lors de notre voyage : jouer au contact des gens - faire du spectacle qui fait du bien, qui aide à vivre - faire du spectacle qui parle d'une actualité qui nous touche - aller là où il y a besoin, là où c'est rare, là où c'est chaud et bouillant - ne pas tricher avec les évidences et la sincérité - jouer parce que c'est essentiel et que c'est la fête du plaisir, aussi - Faire un spectacle qui tende vers l'universel - être nomade, voyager, collecter - aller de place en place, colporter les nouvelles du monde (…) C'est un des devoirs de l'artiste d'être "reporter" pour ses contemporains, des aventures humaines intérieures et extérieures, parce que le spectateur de musique, de poème, de chanson, de danse et d'histoire sera toujours plus concerné par ce qu'on lui raconte que le simple auditeur, lecteur ou télé-consommateur de listes d'informations médiatiques. Cela se passe de toi à moi, entre nos viscères communes.
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